Image Corporelle

Développer une image corporelle positive

  • 10 minutes

Dans cet article nous allons chercher à comprendre ce qu'est l'image corporelle, la façon dont elle se construit et comment il est possible de la faire évoluer. Plusieurs clés seront proposées pour améliorer le rapport que l'on entretient avec son corps.

Pour lire directement la partie concernant les clés pour améliorer l'image corporelle, cliquez sur le bouton ci-dessous

1. Qu'est-ce que l'image corporelle ?

L’image corporelle renvoie au regard que l'on porte sur son corps, à la façon dont on le considère. C'est une représentation évaluative.

La manière dont on envisage son corps est fortement influencée par ce que l'on entend des personnes qui nous entourent, notamment durant les premières années de la vie. Les remarques faites par l'entourage familial participent à la création d'une image de soi.

Un environnement qui néglige l'impact des mots peut causer des dommages majeurs, même si l'intention initiale ne vise pas à blesser. À titre d’exemple, les comparaisons exprimées par les parents entre leurs enfants peuvent laisser des marques profondes : « Je ne suis pas aussi bien que… », « Je suis moins beau/belle que... » etc.

Lorsque l'on est enfant, il nous est presque impossible de prendre du recul. Tous les messages venant de l'extérieur, surtout ceux des personnes supposées nous protéger, nous éduquer et nous aimer, sont intériorisés.

Bien entendu, tout ne repose pas uniquement sur les relations familiales. L'école est souvent un lieu propice à l'intégration de jugements positifs ou négatifs sur son corps. En effet, bien que les choses évoluent favorablement grâce au développement d'une éducation positive et respectueuse transmise par le corps enseignant, beaucoup de remarques sont faites « sans filtre » et tout le monde peut être sujet à des critiques : trop petit·e, trop grand·e, trop mince, trop gros·se… Si ces messages sont cohérents avec ceux reçus à la maison, alors il n'y a pas de bouclier de protection et l'enfant finit par se définir exclusivement selon ce que lui renvoie l’extérieur.

Un sondage français réalisé en 2023 montre que près d'une personne sur deux n'aime pas son corps, avec une tendance plus forte chez les femmes – 60% contre 33% chez les hommes – qui a nettement augmenté en dix ans (Ifop, 2023).

2. Comment cette image de soi s'établit-elle ?

L'image corporelle est la résultante d'un processus en quatre étapes :

  • Les perceptions : ce que nos sens nous renvoient, l'image dite objective

  • Les représentations : comment notre cerveau traite/transforme ces perceptions (en lien avec une réalité sociale, un savoir commun, des symboles, etc.)

  • Les sentiments : les affects liés à cette transformation faite par notre cerveau

  • Les attitudes : la façon dont nous allons aborder notre corps

Prenons l’exemple d’une femme rousse (perception). Elle peut penser que sa couleur de cheveux est différente de la norme en s'y comparant (représentation). Peut-être va-t-elle éprouver des difficultés à aimer ses cheveux, justement parce qu'elle ressent un décalage avec les autres (sentiments), et ainsi tenter de dissimuler sa couleur naturelle en faisant des teintures (attitude).

3. Conséquences d'une image corporelle négative

Aimer son corps

La relation que l'on entretient avec son corps a un effet considérable sur l’acceptation de soi et peut influencer divers aspects de la vie quotidienne.

L'altération de l'estime et de la confiance en soi

Tout d’abord, la dégradation de l'estime et de la confiance en soi représente le premier impact d’une relation négative avec son corps. La manière dont une personne perçoit son corps peut affecter la façon dont elle aborde ou refuse certaines activités. À titre d’exemple, une personne qui se sent en surpoids peut ne pas se sentir légitime de pouvoir réussir une activité sportive, parce qu'elle pense que le sport est réservé aux personnes "minces". Elle peut également associer l'apparence de son corps à ses capacités physiques « puisque je suis gros·se, alors je ne peux pas courir/danser/nager ».

Ce type de pensées peut également être cultivé par des personnes qui représentent une activité avec des attentes concernant un « modèle unique » de corps. La danse classique en est un bon exemple : bien que cet art évolue vers plus d'inclusivité, il est encore bien trop souvent stigmatisant à l'encontre des personnes qui ne rentrent pas dans les codes (taille, minceur, mensurations).

Le corps comme objet de punition

Lorsqu'une personne vit avec une image corporelle vraiment négative, il peut arriver que ce corps devienne le support de l'expression de toutes les tensions qu'elle ressent. Si son corps lui déplaît, elle peut chercher à le punir, ou à lutter contre lui. Cette punition peut se traduire par des comportements auto destructeurs tels que des troubles du comportement alimentaire (TCA) ou une addiction au sport.

Dans un cas de grande souffrance psychologique, le corps peut également être un support pour canaliser cette souffrance « invisible » en la matérialisant, pour la rendre visible aux autres, mais aussi et surtout à soi-même (mutilations). Cette image corporelle fragile peut également amener la personne à des comportements délétères au quotidien, tels que la malnutrition, la négligence de l'hygiène corporelle ou encore dans certains cas spécifiques, un refus de soin.

L'influence sur la vie sexuelle

Enfin, l’impact sur la vie sexuelle est également notable. Le rapport qu’entretient une personne à son corps est particulièrement mis à l'épreuve dans la sphère de la sexualité. Une personne qui a une perception négative de son corps peut s'empêcher de vivre certaines expériences. Elle peut chercher à se cacher du regard de l'autre, en supposant que celui-ci porte le même regard critique sur son corps : "Puisque je me perçois comme moche, alors l'autre doit certainement me trouver moche". Plus la perception de notre corps est négative, plus l'impact est généralement grand, pouvant aller jusqu'à l'arrêt total de toute activité sexuelle.

4. Développer une relation positive à son corps

Puisque l'on est en contact constant avec des injonctions associées à comment devrait ou ne devrait pas être notre corps, développer une relation positive avec son corps peut s'apparenter à un véritable parcours du combattant. Voici plusieurs pistes qui peuvent déjà nous permettre de modifier un tant soit peu la manière dont on se perçoit, en prenant du recul par rapport aux attentes et injonctions extérieures, pour cultiver un nouveau regard, par et pour soi-même.

  • Clé n°1 : Se reconnecter à soi

Nous avons bien trop souvent tendance à limiter la perception de notre corps à sa dimension esthétique. Cependant, il est important de garder à l'esprit que le corps n'est pas qu'une enveloppe extérieure ! Il est ce moteur essentiel à la vie, qui nous permet d'évoluer au quotidien : se lever le matin, se préparer un repas, se consacrer à des loisirs, échanger des contacts physiques avec nos proches, etc.

Ainsi, le premier moyen de faire évoluer son rapport au corps est tout d'abord de reconnaître consciemment tout ce qu'il nous permet de réaliser dans notre vie de tous les jours, sans avoir besoin d'y apporter le moindre changement.

A ce qu'il nous offre la possibilité de FAIRE, il faut également ajouter ce qu'il nous permet de VIVRE et RESSENTIR ! Car oui, c'est bien lui qui nous permet de sentir par exemple la chaleur, la douceur, le moelleux d'un canapé, d'un vêtement ou d'une surface choisis pour votre confort. Prendre le temps de remercier notre corps pour ce qu'il nous offre comme sensations agréables est la deuxième composante d'un regard plus bienveillant envers lui.

En se concentrant sur les activités et ressentis du quotidien, exprimer un message de reconnaissance envers son corps peut contribuer à améliorer le bien-être corporel.

Pour décupler encore cette connexion avec son corps, il est aussi possible d'investir des activités qui cultivent l'attention au corps, telles que des massages, de l'activité physique ou encore des stimulations sensorielles qui procurent du plaisir.

  • Clé n°2 : Se libérer des idéaux des médias

Impact des médias

Les réseaux sociaux, tout comme les publicités, la télévision et le cinéma construisent et renforcent des idéaux de genre qui viennent impacter le regard que l'on entretient avec son corps, par un effet de comparaison. Nous ne sommes jamais assez ceci, ou trop cela. Le corps y est réduit à une image, à son seul aspect esthétique qui, paradoxalement, n'est jamais suffisant. Les femmes sont particulièrement sujettes aux injonctions à la minceur, avec une hyper sexualisation de leur corps, souvent considéré comme un ensemble de parties plutôt qu'une entité unique, là où les hommes sont davantage impactés par des injonctions à développer un corps « fort » aux muscles saillants et/ou volumineux.

La perception que l'on a de son propre corps est souvent influencée par les représentations sociales qui lui sont associées, rendant parfois nécessaire une déconstruction de ces idées (voir 1. et 2.)

Il est important de se rappeler que les images que l'on voit dans les publicités ne représentent pas la réalité : elles sont retouchées à l'infini, et le résultat est bien souvent différent de la version originale (voir le lien vers la vidéo DOVE dans les sources à l'issue de l'article)

Cette prise de conscience peut contribuer à apaiser certains sentiments de honte ou de culpabilité. C'est une étape essentielle dans l'établissement d'une relation plus positive avec son corps.

Une façon de déconstruire ces idéaux de beauté consiste à diversifier les représentations corporelles auxquelles nous nous confrontons dans notre vie de tous les jours. Cela passe par exemple par le suivi de profils sur les réseaux sociaux qui promeuvent la beauté et la diversité des corps, hors des stéréotypes communément admis. A cette fin, les mots-clés « Body Positive » sont aujourd'hui sources de nombreux résultats pour développer nos représentations des corps.

  • Clé n°3 : En finir avec les interdictions

La troisième stratégie pour renouer positivement avec son corps consiste à s'accorder le droit de faire ce que l’on aime, même si l’on se sent inapte ou illégitime. Si l'on a toujours rêvé de faire une activité mais avec l'impression que son corps ne correspond pas à l'image renvoyée par les gens qui pratiquent cette même activité, on peut s'autoriser à essayer. On ne le fait pas pour les autres, mais pour soi.

Pour celles et ceux qui entretiennent un rapport difficile avec l'alimentation, s'autoriser à manger par plaisir, en conscience, peut également être aidant. Cela ne signifie pas manger tout et n'importe quoi, mais redonner de la valeur au goût en préparant soi-même ses repas, sans se sentir coupable. Chaque repas peut ainsi être vu comme un cadeau fait à son corps, pour qu'il ait l'énergie nécessaire tout au long de la journée.

Oser porter les vêtements qu'on aime

Cette idée d'autorisation se retrouve enfin au niveau vestimentaire. Il est important de se donner le droit de porter des vêtements que l'on aime réellement, plutôt que ceux qui visent à dissimuler notre corps. En réintroduisant du plaisir dans la façon de se vêtir, l'image que l'on a de notre propre corps peut évoluer positivement.L'expérimentation de différents styles, couleurs et formes peut aider dans ce processus. Une approche positive transforme un cercle vicieux en cycle vertueux : plus une personne se permet de vivre des expériences positives en relation avec son corps, plus elle peut modifier le regard qu'elle porte sur celui-ci de façon favorable. Cette perspective encourage le respect de soi et développe une relation saine avec son corps.

  • Clé n°4 : Bénéficier d'un soutien psychologique

En plus de l’accompagnement qui peut être nécessaire dans les clés et techniques proposées, la thérapie permet de sortir des croyances limitantes qui ont façonné le rapport au corps, mais aussi des injonctions associées qui ont pu parsemer la vie d’une personne.

La thérapie permet à la fois de déconstruire les idées et schémas mis en place dans son rapport au corps, mais aussi d'évoluer vers un nouveau regard, une nouvelle façon de vivre son corps. Elle offre la possibilité de construire une image corporelle qui favorise l'ouverture et la libération, là où par le passé la vision du corps était une entrave à son plein épanouissement.

Le simple fait de se présenter dans un environnement bienveillant et non-jugeant peut déjà aider la personne à se sentir acceptée telle qu'elle est. Opter pour une thérapie permet de changer graduellement la perception de soi en se confrontant à l'image réelle que l'on renvoie. Cela favorise la valorisation de soi.

5. Pour conclure

Accepter son corps est un parcours qui demande du temps. Cela implique de déconstruire des croyances limitantes, de se reconnecter à soi, de se donner la permission de vivre pleinement et de chercher le soutien nécessaire.

Pour un premier pas vers davantage de compassion envers son corps et soi-même, je vous invite à lire le texte ci-dessous. Il s'agit d'une retranscription d'une intervention de Baptiste Beaulieu, médecin et écrivain interprétant le texte d'un interne, Simon Jaupart. Vous pouvez le retrouver en dernière source ci-dessous.

« Un élément que j’aimerais soulever par rapport à mon stage en médecine générale : le(s) corps.

Le principe de la médecine générale, c’est que tu vois de tout. Et de toutes. Avec une moyenne de trois consultations requérant un examen « entier » du corps par jour, on a le temps de voir passer beaucoup de personnes. Des personnes avec leurs âges, leurs histoires, leurs traits, leur morphologie, leurs marques… Des gens concrets. Je sais que ça ne va pas servir à grand chose de le répéter, mais : le corps humain n'a pas de standard. Personne n’est taillé dans le marbre, personne n’a une peau photoshoppée, personne n’a des proportions Instagram… Les tétons sont tous différents, les vergetures sont normales, les poils sont naturels, les pores sont juste votre peau qui fait son job. Ne serait-ce que la cellulite, c’est un truc qui est tellement commun… Tous les corps ont des taches, tous les corps ont des reliefs.

Même un coach sportif, reçu pour tendinite, avec un corps très musclé : il avait les orteils complètement tordus. Même des gens sportifs ont du gras, des gens très bien maquillés ont des articulations tordues qui dépassent, des gens très jeunes ont des varices…

L’anatomie n’a pas vocation à être moulée par la société. Votre anatomie, elle est déjà belle. Le nombre de gens avec des yeux, des seins, des testicules, un dos… asymétriques ! Toutes ces personnes sont belles, je vous jure.

La perfection, c’est vous. C’est votre vie, c’est votre corps que vous incarnez du mieux possible.

Un corps, vous, est beau. Les boutons, les plaques, les stries, les cicatrices… C’est tellement normal, c’est tellement inhérent à ce qu’on est. N’ayez pas honte. Je sais. C’est con et niais et ça ne sert à rien quand on est mal, quand on complexe… C’est pas facile, c’est pas dix phrases qui vont tout changer.

Mais juste. Si deux secondes on peut se poser. De façon objective : Votre corps il est là. Il est ce qu’il est. Il est ce qu’il peut. Vous en faîtes ce que vous voulez. Mais essayez de l’aimer un petit peu plus.

Parce que je peux vous jurer qu’il n’a absolument rien de laid. Les « imperfections », c’est ce qui est la norme.

Vraiment.

Littéralement.

C’est normal.

T’es belle.

T’es beau.

Si, si.»

Sources

  • IFOP, 2023 : https://www.ifop.com/publication/lete-2023-sera-t-il-lete-de-la-fin-du-summer-body/

  • DOVE evolution : https://www.youtube.com/watch?v=iYhCn0jf46U&ab_channel=TimothyDavid

  • Baptiste Beaulieu : https://www.youtube.com/watch?v=-wQx7rj3Axs&ab_channel=FranceInter

Rémi KUBIAK

© 2024

Tous droits réservés